Le projet explore les limites de la vision machinique contemporaine en confrontant des caméras de smartphones à des conditions d’absence visuelle — obscurité, surfaces uniformes, espaces indéterminés. Plutôt que de documenter le monde extérieur, l’œuvre s’intéresse à la manière dont les systèmes d’imagerie computationnelle réagissent lorsque l’apport visuel s’effondre et que la perception doit être inférée par l’algorithme. À travers une série de productions photographiques expérimentales, le projet révèle le bruit des capteurs, les artefacts de compression et les hallucinations algorithmiques comme matière esthétique, mettant au jour les processus décisionnels invisibles intégrés aux dispositifs d’imagerie du quotidien. En plaçant au premier plan ces instabilités visuelles, le projet interroge les présupposés d’objectivité, de résolution et de clarté propres à la vision numérique. Située à l’intersection de la recherche artistique et d’une archéologie spéculative des médias, l’œuvre invite à considérer la vision machinique comme un système subjectif et interprétatif, qui façonne activement la manière dont la réalité est rendue, filtrée et mémorisée.